Hier soir, on est arrivé à Padoue et j’ai été frappée par la propreté et l’organisation impeccables de la ville. Les rues pavées scintillaient sous la lumière jaune des réverbères, et chaque recoin semblait exhiber fièrement sa beauté sobre et harmonieuse. Je ne m’attendais pas à découvrir une ville aussi propre et pleine de vie – Padoue m’a étonnée par son équilibre inattendu entre histoire et fraîcheur urbaine.
Qui aurait cru qu’une ville aussi petite pouvait cacher autant de trésors ? Padoue, la petite sœur méconnue de Venise… On est venus avec l’idée de visiter quelques sites touristiques et, avec un peu de chance, de déguster une bonne pizza. Qu’est-ce qu’on a découvert ? Un surprenant mélange d’histoire, d’art, de spiritualité et… un café où l’on sert des histoires d’horreur avec le dessert. En seulement deux jours, nous sommes passés des reliques sacrées aux fresques, des jardins botaniques aux racines Renaissance aux places qui semblent sortir tout droit d’un décor de cinéma. Et oui, nous avons bu un café à la menthe dans un endroit où l’on dit que le fantôme d’un révolutionnaire hante les lieux.




Basilique Saint-Antoine – où la spiritualité rencontre l’art (et un peu de mystère)

Notre première étape importante à Padoue a été la Basilique Saint-Antoine – ou, comme l’appellent simplement les gens du coin, Il Santo. Et à juste titre. Ce n’est pas seulement une église, mais un véritable symbole de la ville, un lieu de pèlerinage pour des millions de personnes du monde entier. Construite au XIIIe siècle, la basilique est un mélange spectaculaire de styles: roman, gothique, byzantin et même un peu mauresque. C’est pratiquement un collage architectural qui s’harmonise étonnamment bien. À l’intérieur, le silence règne, mais l’endroit est chargé d’émotion. Les gens viennent ici pour prier, allumer un cierge ou simplement admirer la beauté des lieux.


Mais qu’est-ce qui est vraiment fascinant ? Les reliques. Oui, vous avez bien lu.


Dans la Chapelle des Reliques se trouve la langue parfaitement conservée de Saint Antoine de Padoue, qui serait la preuve de son talent de prédicateur. À côté, on trouve également les cordes vocales et la mâchoire inférieure du même saint. Ce n’est pas exactement ce que l’on s’attend à voir en vacances, mais c’est le genre de détail qui reste gravé dans la mémoire. 😁

Et puisque l’on parle d’art, le maître-autel est orné de sculptures en bronze réalisées par Donatello, oui, le grand maître de la Renaissance. Ses œuvres sont impressionnantes, expressives et riches en détails qui vous font vous arrêter pour les admirer en silence.
Piazza del Santo – plus qu’une place, un lieu qui a une âme

En sortant de la basilique Saint-Antoine, on arrive directement sur la Piazza del Santo, véritable théâtre à ciel ouvert de la vie padouane. Ici, l’histoire, la foi et la vie quotidienne se mêlent pour créer une atmosphère qui invite à s’arrêter et à observer.
La place est bien sûr dominée par la silhouette imposante de la basilique, mais elle ne se laisse pas éclipser pour autant. En son centre se trouve la statue équestre de Gattamelata, également réalisée par Donatello, la première statue équestre de la Renaissance coulée en bronze depuis l’Antiquité. Et non, Gattamelata n’est pas un personnage de dessin animé, mais un condottiere respectable, vêtu d’une armure et au regard déterminé. La statue est si bien réalisée que l’on a l’impression que, si l’on la regarde trop longtemps, le cheval se met à battre du sabot.
Mais ce qui nous a le plus plu à la Piazza del Santo, ce n’est pas nécessairement l’histoire, mais plutôt l’atmosphère : des gens qui se promènent paisiblement, des touristes qui prennent des photos, des gens du coin qui boivent un café sur la terrasse, des enfants qui courent parmi les pigeons. C’est le genre d’endroit où l’on peut passer une heure sans rien faire et avoir quand même l’impression d’avoir vécu quelque chose de beau. Et si vous avez la chance d’arriver ici en fin d’après-midi, lorsque la lumière prend une teinte dorée et que le clocher de la basilique sonne doucement, vous serez certainement conquis par le charme de la ville de Padoue.
Orto Botanico – un coin de verdure bien ancré dans l’histoire

Après l’agitation autour de la basilique et de la place, on avait besoin d’un peu de calme. On s’est donc dirigés vers l’Orto Botanico, le jardin botanique de l’université de Padoue. On ne savait pas trop à quoi s’attendre, mais ce qu’on a trouvé là-bas était bien plus qu’une simple collection de plantes : c’était une leçon d’histoire, de science et de patience.
Fondé en 1545, ce jardin est le plus ancien du genre au monde encore situé à son emplacement d’origine. Imaginez : ici, on cultivait des plantes médicinales pour les étudiants en médecine depuis la Renaissance, on y menait des expériences, on y rédigeait des traités. Et tout cela est encore présent aujourd’hui : c’est un lieu qui respire le savoir.
On a flâné dans des allées ombragées, on a découvert des plantes rares, certaines avec des histoires fascinantes, d’autres avec des noms impossibles à prononcer. Nous avons également trouvé une serre moderne, où le climat change d’un pas à l’autre, passant des tropiques au désert, sans sortir de Padoue. Le jardin est organisé par thèmes : plantes médicinales, plantes carnivores, espèces rares ou en voie de disparition. Il dispose également d’une serre futuriste où le climat change d’un pas à l’autre. C’est comme un mini safari botanique, mais sans moustiques. Certaines plantes sont les descendantes directes de celles plantées il y a des centaines d’années. La plus célèbre? Le palmier de Goethe, planté en 1585, que le poète allemand a mentionné dans ses écrits. Oui, ce Goethe-là.
La chapelle des Scrovegni – de fresques qui en disent plus long que les mots
La chapelle Scrovegni est sans aucun doute l’un des monuments les plus emblématiques de l’histoire de l’art. Nichée dans un parc paisible, près du centre-ville, la chapelle peut sembler modeste à première vue. Cependant, dès que vous y pénétrez, vous avez l’impression d’entrer dans un autre monde, peint par la main d’un génie.

L’intérieur est un régal pour les yeux, grâce à ses couleurs et à sa composition spectaculaire. Le plafond d’un bleu intense, parsemé d’étoiles dorées, attire instinctivement le regard. Et si vous observez attentivement les expressions des personnages, vous avez l’impression qu’ils sont vivants, qu’ils souffrent, qu’ils aiment, tout comme nous.

Giotto di Bondone, le peintre qui a décoré la chapelle au début des années 1300, a non seulement révolutionné l’art, mais il a également réussi à rendre les émotions humaines d’une manière qui semblait impossible jusqu’alors. Chaque scène, de la Nativité au Jugement dernier, est pleine d’expressions, de gestes et de détails qui vous font oublier que vous admirez des peintures vieilles de plus de 700 ans.
Mais l’histoire de la chapelle est tout aussi intéressante que les fresques. Elle a été construite par Enrico Scrovegni, fils d’un banquier accusé d’usure, qui voulait absoudre les péchés de sa famille par un geste grandiose : une chapelle privée, décorée par le meilleur artiste de l’époque. Une sorte de « rebranding spirituel » (changement d’image spirituelle), si vous voulez.
Oui, il faut réserver à l’avance et le temps de visite est limité. Mais je vous assure que 20 minutes passées dans la Chapelle Scrovegni valent une journée entière dans de nombreux musées.
Palazzo della Ragione – une salle d’audience aux allures de planétarium médiéval

À première vue, le Palazzo della Ragione n’est qu’un bâtiment imposant au centre de Padoue. Mais dès que l’on franchit son seuil, on se rend compte que l’on vient d’entrer dans un lieu tout à fait particulier, où se mêlent histoire, art et mystère.
Construit au XIIIe siècle, le palais a été pendant des siècles le cœur de la vie juridique et commerciale de la ville. C’est ici que se tenaient les procès, que se concluaient les affaires et que l’on écoutait probablement les derniers potins de la ville.
Mais la véritable magie commence lorsque vous entrez dans le Salone, la salle principale. C’est l’une des plus grandes salles médiévales sans colonnes d’Europe, et son plafond, en forme de coque de navire renversé, vous donne l’impression d’être suspendu entre le ciel et la terre. C’est solennel, mais spectaculaire.
Sur les murs, vous êtes entouré de plus de 300 fresques, véritable encyclopédie visuelle du Moyen Âge. Les scènes s’inspirent de l’astrologie, de la médecine, de l’agriculture et de la vie quotidienne. Chaque mois de l’année est représenté sous la forme des signes du zodiaque, d’activités spécifiques et de symboles qui vous font vous demander, à juste titre, si les juges de l’époque consultaient leur horoscope avant de prononcer leur sentence.
Le Palazzo della Ragione n’est pas seulement un monument historique. C’est aussi une fenêtre sur un monde où la justice, l’astrologie et l’art se côtoyaient naturellement harmonieusement.
Piazza dei Signori – élégance, horloges et un soupçon de dolce vita

Nous voici arrivés sur la Piazza dei Signori, où l’on se croirait dans un décor de cinéma. Si la Piazza del Santo dégage une énergie spirituelle et que le Palazzo della Ragione submerge le visiteur de symboles et de fresques, ici, tout n’est qu’élégance et atmosphère.
La place est entourée de beaux bâtiments aux façades lumineuses et aux détails architecturaux qui font que l’on se croirait dans un tableau de la Renaissance. Le centre d’attention est la Torre dell’Orologio, la tour de l’horloge astronomique, qui non seulement indique l’heure, mais vous dit aussi votre signe du zodiaque, au cas où vous l’auriez oublié. L’horloge date du XVe siècle et fonctionne toujours, nous rappelant que les Italiens savent combiner beauté et fonctionnalité.
Mais la véritable magie de la place ne réside pas dans les bâtiments, mais dans la vie qui vibre autour d’eux : les terrasses sont remplies d’habitants qui savourent leur espresso avec une nonchalance étudiée, de touristes qui prennent des photos à chaque coin de rue et d’étudiants engagés dans des discussions animées, probablement sur un sujet abordé en cours ou une question d’examen. C’est le genre d’endroit où l’on peut rester une heure sans rien faire et avoir l’impression d’avoir vécu quelque chose. Un café, un rayon de soleil, une cloche qui sonne au loin… et voilà, on comprend ce que signifie la dolce vita.
Caffè Pedrocchi – le café qui ne ferme jamais

On ne peut pas visiter Padoue sans passer par le Caffè Pedrocchi, non seulement pour son café, mais aussi pour son histoire. Ouvert en 1831, ce café a été pensé comme un lieu ouvert à tous, à toute heure. D’où son surnom : « le café sans porte ». Littéralement, pendant plus d’un siècle, il n’avait pas de porte d’entrée et était ouvert 24 heures sur 24. Un rêve pour tous les amateurs d’espresso et de conversations tardives.
L’intérieur est un mélange élégant de styles – néoclassique, vénitien, avec des accents orientaux – et chaque pièce a sa propre personnalité.

Mais au-delà du décor, l’endroit baigne dans une atmosphère particulière. C’est ici que se sont rencontrés révolutionnaires, écrivains, artistes et étudiants qui rêvaient d’une Italie unifiée. On raconte même qu’en 1848, un étudiant a été abattu à l’intérieur du café lors d’une révolte et que les traces de la balle sont encore visibles sur le mur. Un petit détail, mais qui en dit long sur l’histoire vivante de ce lieu.
Nous avons bien sûr commandé un caffè Pedrocchi, un espresso avec de la crème fouettée et un soupçon de menthe. Cela peut sembler étrange, mais le goût est étonnamment équilibré, rafraîchissant et parfait pour faire une pause après une journée riche en découvertes.
Nous sommes restés là un moment, observant les gens autour de nous, écoutant le bruit discret des conversations et nous laissant aller à nos pensées. C’était le genre de moment où rien de spectaculaire ne se passe, mais où l’on a le sentiment d’être exactement là où l’on doit être.
Discover more from "The world is your oyster".
Subscribe to get the latest posts sent to your email.