Nous sommes arrivés à Rome il y a quelques jours, et nous ressentons déjà ce que signifie vraiment l’été italien. Le soleil est présent à chaque pas, et la ville se dévoile dans toute sa splendeur… et sa chaleur. 🥵
On marche beaucoup – environ 10 km par jour en moyenne, parfois même jusqu’à 15 km, surtout quand on s’égare dans des quartiers moins touristiques.
On s’arrête souvent pour boire de l’eau ou une limonade, mais rester hydraté devient une mission continue entre deux fontaines. D’ailleurs, Rome détient presque un record mondial : on y trouve plus de 2 000 fontaines d’eau potable répandues dans toute la ville. Elles te sauvent littéralement chaque fois que ta bouteille d’eau est vide.

Anna, une vraie Canadienne, adore le froid et déteste tout ce qui dépasse 15°C.
Moi, j’ai trouvé l’arme secrète contre la canicule romaine : une serviette thermique, directement sortie d’une fontaine. Je l’enroule autour du cou, sur la tête, dans l’âme même s’il faut – et là, miracle ! Le cerveau se refroidit, le moral remonte, et on repart.
La circulation est chaotique, même à l’heure du déjeuner. Du bruit partout, des klaxons, des scooters qui filent à toute vitesse – le tout relevé par ce parfum inimitable de gaz d’échappement.
Le seul avantage, si on peut dire ça ? Perte de poids assurée, en proportion directe avec la température et le nombre de pas. 👌🏻

Nous n’avions pas l’intention de revenir. Mais parfois, ce sont les lieux qui nous choisissent. Un matin, pendant notre séjour à Rome, nous avons ressenti l’impulsion de revisiter la Galerie Borghèse et la Villa Farnesina. Non pas par nostalgie, mais plutôt par une curiosité tranquille, comme lorsqu’on relit un livre qu’on a aimé et qu’on y découvre des passages qu’on n’avait pas remarqués la première fois. Notre première visite nous avait émerveillés. La seconde nous a émus d’une manière différente. Plus profonde. Plus personnelle.
Galerie Borghèse – Retour à Bernini et Caravage, maîtres du baroque
Notre deuxième visite à la Galerie Borghèse a été placée sous le signe de la quiétude, non de la découverte—un regard porté avec l’âme, et non avec l’impatience du nouveau. Cette fois, nous n’errions plus fascinées—nous allions vers quelque chose de familier, ou du moins, c’est ce que nous pensions. Et pourtant, la beauté nous a encore une fois surprises, peut-être même plus intensément que la première fois.
Les salles de la Galerie Borghèse ne sont pas de simples lieux de passage ; elles font partie intégrante de l’expérience. Chaque pas sur le marbre étincelant t’approche d’un autre monde—où la beauté n’est pas seulement exposée, mais ressentie.


Les plafonds peints, avec leurs scènes mythologiques et détails dorés, captent ton regard sans que tu t’en rendes compte. Les murs ornés de fresques et de motifs te poussent à ralentir le pas. Chaque recoin est une invitation à la contemplation.
La lumière naturelle entre par les hautes fenêtres, glissant sur les cadres, les sculptures et les sols comme une caresse. C’est une lumière qui ne s’impose pas, mais qui révèle.
Dans ces galeries, le silence a du poids. Ce n’est pas un silence vide, mais un silence plein de présence – la présence de ceux qui ont créé, de ceux qui ont regardé, de ceux qui, comme nous, se sont arrêtés un instant de plus pour admirer la beauté qui les entoure.
Ici, entre une salle et une autre, entre une œuvre et une autre, on a le temps de respirer. De ressentir. De se laisser toucher par une beauté qui n’a pas besoin de mots.
Lors de notre première visite, nous avons été tout simplement émerveillés par la beauté des sculptures de Gian Lorenzo Bernini – elles nous ont laissés sans voix. La deuxième fois, cependant, nous avons regardé plus attentivement, avec plus de patience. Cette fois, nous avons commencé à les écouter. L’Enlèvement de Proserpine n’était plus seulement une démonstration de virtuosité technique, mais une scène vivante, chargée d’émotion. Nous avons ressenti la tension entre puissance et fragilité, entre désir et peur. Le marbre ne semblait plus froid – il semblait respirer.

Devant Apollon et Daphné, le temps s’est arrêté à nouveau. Cette fois, nous avons observé plus attentivement – non seulement la forme, mais aussi l’histoire derrière le marbre. Nous avons vu la stupeur dans les yeux d’Apollon, la peur et la résignation dans le geste de Daphné, et cet instant suspendu où elle commence à se transformer en arbre. Les feuilles qui poussent de ses mains, ses cheveux devenant des branches – tout semble se dérouler sous nos yeux, lentement et inévitablement.

Bernini n’avait que 23 ans lorsqu’il a sculpté cette scène. Et pourtant, il a su capturer l’éphémère – ce moment fragile entre le désir et le renoncement – avec une profondeur bouleversante.
Quand on regarde les peintures de Caravage, on devient instinctivement silencieux. Non pas parce qu’on n’a rien à dire, mais parce qu’on sent que chaque mot troublerait l’équilibre délicat entre lumière et obscurité.
Lors de notre première visite, nous avons été impressionnés par le dramatisme des scènes. La deuxième fois, nous avons commencé à voir au-delà du contraste saisissant – nous avons ressenti la tension, l’humanité, la vulnérabilité des personnages. Le Garçon avec un panier de fruits n’était plus seulement une étude de lumière – c’était un portrait de la fragilité de la jeunesse, de la beauté éphémère.
Dans La Madone au serpent, nous avons perçu le courage de Caravage à faire descendre le sacré dans le monde réel. La Vierge ne flotte plus au-dessus du monde – elle est là, présente, humaine, presque tangible.

Caravage n’embellit pas la réalité – il la révèle. Il dirige la lumière exactement là où ça fait mal, là où se cache la vérité brute, non filtrée. C’est pourquoi ses peintures ne se regardent pas seulement – elles se vivent.
🎟️ Galerie Borghese – Informations pratiques
- 🕘 Horaires : Mardi–Dimanche, 09h00–19h00 (dernière entrée à 17h45). Fermée le lundi.
- 🎟️ Billets : 15 € + 2 € de frais de réservation. Gratuit pour les moins de 18 ans (réservation obligatoire).
- 📌 Réservation obligatoire. La visite est limitée à 2 heures.
- ⭐ À ne pas manquer : Bernini (Apollon et Daphné, L’Enlèvement de Proserpine), Caravage, Canova.
- 🌳 Suggestion : Combinez la visite avec une promenade dans les jardins de la Villa Borghese.
Villa Farnesina – Là où la peinture devient poésie

La Villa Farnesina n’impressionne pas par sa grandeur, mais par sa délicatesse. C’est un lieu qui ne s’impose pas, mais qui vous invite. Une villa discrète, nichée au cœur du quartier du Trastevere, où l’art ne se contente pas d’orner les murs, mais les transforme en poésie visuelle.
Ici, Raphaël ne peint pas seulement des scènes mythologiques, mais des émotions. Dans Le Triomphe de Galatée, les vagues ne sont pas un simple décor, elles font partie du mouvement. Galatée, flottant sur sa coquille, semble saisie dans une danse silencieuse, souriant avec une grâce qui ne demande aucune explication. Tout coule – des regards aux gestes, des couleurs à la composition – dans une harmonie que l’on ressent plus qu’on ne la comprend. Tout est fluide, vivant.

Dans la Loggia d’Amour et Psyché, l’histoire d’amour entre une mortelle et un dieu se déroule avec une simplicité élégante. Les scènes sont peintes dans des tons chauds, et les gestes des personnages ont une telle naturalité qu’ils deviennent presque familiers. Ce n’est pas une fresque qui cherche à impressionner par le drame, mais une œuvre qui vous demande simplement de vous arrêter et de regarder. Chaque détail semble pensé avec soin, comme une phrase prononcée doucement, dans une histoire racontée avec tendresse.

La lumière naturelle entre par les grandes fenêtres et glisse sur les peintures avec une douceur qui semble chorégraphiée. Rien ne paraît forcé. Tout est à sa place – des proportions des pièces aux couleurs des fresques, en passant par le silence qui les entoure.
La Villa Farnesina n’est pas un musée au sens classique. C’est plutôt un espace intime, où l’art semble plus proche de vous. Elle ne cherche pas à impressionner, mais à rester. C’est le genre de lieu où la beauté ne s’impose pas, mais se laisse découvrir, petit à petit – comme un poème qui révèle de nouveaux sens à chaque relecture.
Nous avons aussi découvert Agostino Chigi, le banquier qui fit construire cette villa remarquable. Né à Sienne en 1466, Chigi n’était pas seulement un homme riche, mais l’un des banquiers les plus influents d’Europe à l’époque. Il fit fortune dans le commerce de l’alun (un minéral essentiel à l’industrie textile), possédait sa propre flotte commerciale et fut le banquier personnel de plusieurs papes, dont Jules II et Léon X.
Mais au-delà des affaires, Chigi comprenait que l’art pouvait être une forme de pouvoir, de raffinement et de mémoire. Désireux que sa villa sur les rives du Tibre soit plus qu’une simple résidence, il collabora avec l’architecte Baldassarre Peruzzi, lui aussi originaire de Sienne, et s’entoura d’un cercle d’artistes exceptionnels : Raphaël, Sebastiano del Piombo, Sodoma, ainsi que les élèves et collaborateurs de Raphaël, comme Giulio Romano et Giovanni da Udine.
La Villa Farnesina fut conçue non seulement comme une résidence luxueuse, mais comme un lieu de raffinement et de représentation. Agostino Chigi, connu pour son goût sophistiqué et son influence politique, transforma la villa en un lieu de rencontre pour les élites de son temps. Il y organisa des banquets spectaculaires, y reçut des papes, des diplomates et des artistes, dans un cadre qui reflétait non seulement sa richesse, mais aussi son ambition d’être reconnu comme un véritable mécène de la Renaissance.
C’est aussi dans cette villa qu’il vécut son histoire personnelle : aux côtés de Francesca Ordeaschi, la femme qu’il aimait et qu’il épousa en 1519, lors d’une cérémonie célébrée par le pape lui-même.
Tout, dans la Villa Farnesina – de l’architecture équilibrée aux fresques mythologiques – parle d’une vision où l’art n’était pas seulement un décor, mais l’expression d’une vie vécue avec goût, intelligence et conscience de l’éphémère.
🎟️ Villa Farnesina – Informations pour les visiteurs
- 🕘 Horaires : Lundi–Samedi, 09h00–14h00. Fermée le dimanche (ouverte occasionnellement le deuxième dimanche du mois).
- 🎟️ Billets : 10 € (tarifs réduits disponibles).
- 📌 Réservation recommandée, mais non obligatoire pour les visiteurs individuels.
- ⭐ À voir : Raphaël (Le Triomphe de Galatée, Loggia d’Amour et Psyché), Peruzzi, Sodoma.
- 🏛️ Conseil : Visitez tôt le matin pour profiter d’une meilleure lumière et d’une visite tranquille.
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