Hier matin, nous avons quitté Rome au volant d’un Peugeot 3008 loué, sous les premiers rayons de soleil qui illuminaient le Colisée, avec pour prochaine étape Gênes en tête.
Après quelques heures de route et environ 30 € dépensés en péages 😩, nous avons fait halte à Pise, où la Tour de Pise semble s’élever pour défier les visiteurs.

Conçue en 1173 par Bonanno Pisano comme simple clocher de la cathédrale, la construction s’est arrêtée au troisième niveau lorsque les fondations argileuses et sablonneuses n’ont plus supporté le poids. Près d’un siècle plus tard, les travaux ont repris et les étages supérieurs ont été élevés avec une légère inclinaison vers le nord, une « correction » involontaire destinée à compenser le glissement du sol. Dans les années 1930, Mussolini a lancé un vaste projet pour redresser la tour, défiant la gravité à la manière totalitaire—et, étonnamment, accentuant encore la pente. Les consolidations de 1990 à 2001 ont ramené l’inclinaison à environ 4 ° et assuré sa stabilité pour trois siècles supplémentaires, sans pour autant diminuer son attrait touristique.
Bien que je ne sois pas fan de la montée dans des escaliers étroits qui se resserrent comme si la tour souffrait de claustrophobie, j’ai pris mon courage à deux mains et suis monté au sommet avec George. À première vue, l’ascension paraît relever d’un sport extrême, mais en réalité c’est plus doux qu’on ne l’imagine. Les seuls obstacles étaient la chaleur, qui rivalisait facilement avec une journée d’été dans un bus sans climatisation, et la foule de touristes. Pour le reste, les marches sont confortables et on peut s’appuyer sur les murs sans problème. 😁



Le Duomo voisin de la Tour de Pise dégage une présence imposante et, avec la tour, constitue un ensemble architectural où l’art médiéval se mêle aux traces laissées par la nature et l’histoire dans la pierre.





Nous y sommes restés au moins deux heures. Il y a tant de choses à voir et nous avions si peu de temps.
Ensuite, nous avons arpenté la ville à pied. L’atmosphère était calme et paisible—Pise ressemble à une petite ville de province, en contraste avec l’agitation de Rome, avec des rues ombragées par des arbres en fleurs et des maisons pourvues de jardins soignés.

Une fois cet objectif atteint, nous avons pris la route vers Gênes, visant une arrivée avant 19 h. Nous avons loué un appartement dans le centre historique, à seulement quelques minutes à pied du port et du quartier financier de la ville.
Gênes est une ville qui dévoile son charme peu à peu. Elle ne montre pas ses trésors avec ostentation, mais les dissimule soigneusement entre ruelles étroites, façades austères et recoins chargés d’histoire silencieuse. C’est précisément cette discrétion qui la rend d’autant plus fascinante.


Nous voici donc aujourd’hui sur la Via Garibaldi, l’ancienne Strada Nuova, avec l’intention de visiter les Palazzi dei Rolli – un ensemble de palais qui, bien que moins connu que d’autres attractions italiennes, offre une expérience culturelle exceptionnelle.
Diplomatie, prestige et hospitalité : l’histoire des Palazzi dei Rolli
Autrefois, Gênes n’était pas seulement une ville prospère grâce au commerce – toute son identité en était façonnée. Située stratégiquement sur la côte ligure, la République de Gênes était devenue, au XVIe siècle, un acteur majeur des réseaux commerciaux et financiers européens. Cette ascension attira un nombre croissant de visiteurs de haut rang: ambassadeurs, cardinaux, princes et souverains.
La ville ne disposait cependant pas d’une résidence officielle pour les accueillir selon le protocole, et les auberges existantes ne répondaient pas aux standards exigés par de tels hôtes. C’est dans ce contexte que le Sénat de la République émit, en 1576, un décret instituant un système unique en Europe: les Rolli degli alloggiamenti pubblici. Ainsi, les plus somptueuses résidences privées de la noblesse génoise furent inscrites sur une liste officielle – le « rollo » – et désignées, par tirage au sort, pour héberger les visiteurs de marque de la ville.
Au fil du temps, cinq listes furent établies. Parmi les hôtes célèbres figurent le duc de Joyeuse, beau-frère du roi Henri III de France, Pietro de’ Medici, frère du grand-duc de Toscane, et la reine Marguerite de Habsbourg, épouse du roi Philippe III d’Espagne. Aujourd’hui, ces palais n’accueillent plus de têtes couronnées, mais continuent d’impressionner par leur élégance et leur raffinement.
En 2006, l’ensemble « Le Strade Nuove et le système des Palazzi dei Rolli » a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les raisons sont évidentes : une diversité architecturale remarquable, une adaptation ingénieuse à la topographie de la ville, et la valeur historique d’un système d’hospitalité publique sans précédent. Ces palais reflètent une société sophistiquée, où prestige, art et responsabilité civique s’entremêlaient harmonieusement.
Palazzo Rosso – Un voyage à travers l’histoire et l’art
Notre visite a commencé par le Palazzo Rosso, officiellement connu sous le nom de Palazzo Brignole Sale, une résidence noble construite entre 1671 et 1677 par les frères Rodolfo et Gio Francesco Brignole Sale, membres d’une des familles les plus influentes de Gênes. L’architecte Pietro Antonio Corradi a conçu le bâtiment dans un style baroque sobre mais élégant, avec une cour intérieure carrée et deux ailes reliées par des loggias inspirées des modèles de Bartolomeo Bianco.

L’intérieur du palais est une véritable galerie de symboles et de mythes peints. Entre 1679 et 1694, des maîtres tels que Domenico Piola, Gregorio De Ferrari et Paolo Gerolamo Piola ont décoré les pièces de fresques allégoriques inspirées de la mythologie gréco-romaine et de la philosophie morale de l’époque. Chaque salle possède un thème distinct : les saisons, la vie humaine, les arts libéraux. Dans l’une d’elles, le peintre Gio Andrea Carlone illustre l’Allégorie de la vie humaine comme un voyage symbolique entre lumière et obscurité, entre espoir et éphémérité, capturant avec subtilité la fragilité de la condition humaine. Dans une autre pièce, Paolo Gerolamo Piola représente avec une grâce presque onirique le mythe de Diane et Endymion, transformant la légende en une scène suspendue entre réalité et mythe, où le temps semble s’arrêter dans la contemplation.
La collection d’art du palais est aussi impressionnante que son décor. Parmi les pièces maîtresses figurent des œuvres de Van Dyck, Guido Reni, Véronèse, Guercino, Dürer, Bernardo Strozzi et Mattia Preti. Les portraits de la famille Brignole Sale, réalisés par Van Dyck, ne sont pas seulement des œuvres d’art, mais aussi des témoignages visuels d’une époque où le prestige s’exprimait par le raffinement et le mécénat artistique.


En 1874, Maria Brignole Sale, duchesse de Galliera, fit don du palais et de ses collections à la ville de Gênes, avec le souhait explicite qu’ils soient conservés « pour la gloire de la ville et l’éducation de ses citoyens ». Aujourd’hui, après des restaurations minutieuses, le Palazzo Rosso est bien plus qu’un musée : c’est une leçon vivante d’histoire, d’art et de mémoire.
Depuis la terrasse sur le toit – accessible aux visiteurs – la ville s’ouvre dans un vaste panorama : toits médiévaux, tours gothiques, coupoles baroques et, au loin, l’éclat de la mer de Ligurie. Un lieu où le passé semble encore respirer, discrètement mais profondément.
🎟️ Informations pratiques – Palazzo Rosso
🕘 Horaires :
- Mardi–Vendredi : 09h00 – 18h30
- Samedi–Dimanche : 09h30 – 18h30
- Lundi : Fermé
💰 Tarifs :
- Billet individuel : environ 9 €
- Billet combiné (Palazzo Rosso + Bianco + Doria Tursi) : 12 €
- Gratuit pour les enfants de moins de 18 ans et le premier dimanche de chaque mois (voir conditions sur le site officiel)
⭐ À ne pas manquer :
- Fresques baroques de Domenico Piola et Gregorio De Ferrari
- Portraits de Van Dyck et œuvres de Véronèse, Reni, Guercino
- Salle « Allégorie de la vie humaine » et mythe de Diane et Endymion
- Terrasse panoramique avec vue sur Gênes
Palazzo Bianco – Entre sobriété aristocratique et raffinement artistique
Si le Palazzo Rosso impressionne par son exubérance baroque et son atmosphère domestique, le Palazzo Bianco propose une expérience différente – plus sobre, mais tout aussi fascinante.

Construit entre 1530 et 1540 pour Luca Grimaldi, membre de l’une des plus anciennes familles génoises, le palais avait à l’origine une apparence modeste, ce qui explique pourquoi Rubens ne l’a même pas inclus dans son célèbre recueil consacré aux demeures nobles de Gênes.
La transformation radicale du bâtiment n’a eu lieu qu’au XVIIIe siècle, lorsqu’il fut acquis par Maria Durazzo Brignole-Sale, qui en commanda une reconstruction complète dans le style baroque tardif. La façade fut ornée de stucs blancs, d’où son nom actuel – Palazzo Bianco. L’intérieur fut enrichi par les œuvres de Taddeo Cantone et Antonio Maria Muttone, qui y apportèrent une élégance discrète et un équilibre architectural raffiné.
En 1884, Maria Brignole Sale De Ferrari, duchesse de Galliera, fit don du palais à la ville de Gênes, accompagnée d’une précieuse collection d’art et de fonds pour son entretien. Ainsi, le Palazzo Bianco devint le noyau des musées municipaux de la ville et l’un des centres artistiques les plus importants de la Ligurie.
La collection abritée ici se distingue par sa diversité et sa qualité. Les visiteurs peuvent y admirer des œuvres de Caravage, Rubens, Van Dyck, Zurbarán, mais aussi de peintres génois tels que Bernardo Strozzi, Valerio Castello et Domenico Piola. L’un des tableaux les plus célèbres est Vénus et Mars de Rubens, une composition pleine de dynamisme et de sensualité, qui contraste avec la sobriété architecturale du lieu.
Une histoire moins connue raconte qu’au XIXe siècle, le palais fut loué par un marquis passionné d’art, Carlo Cambiaso, qui ouvrit sa collection au public cultivé. On dit qu’à cette époque, chaque dimanche, la cour intérieure se remplissait de musiciens, de poètes et de voyageurs étrangers, venus non seulement pour l’art, mais aussi pour la conversation et les idées. Le Palazzo Bianco devint alors, pour un temps, un véritable salon culturel de la ville.
Aujourd’hui, une visite au Palazzo Bianco est un voyage à travers les écoles artistiques européennes – de la peinture flamande à l’espagnole, de la Renaissance au Baroque. C’est un lieu où la sobriété aristocratique se marie au raffinement esthétique, et où chaque salle offre une nouvelle perspective sur l’histoire visuelle de l’Europe.
🎟️ Informations pratiques – Palazzo Bianco
🕘 Horaires :
- Mardi–Vendredi : 09h00 – 19h00
- Samedi–Dimanche : 10h00 – 19h30
- Lundi : Fermé
💰 Tarifs :
- Billet individuel : environ 9 €
- Billet combiné (Palazzo Bianco + Rosso + Doria Tursi) : 12 €
- Gratuit pour les visiteurs de moins de 18 ans et le premier dimanche de chaque mois (voir conditions actuelles sur le site officiel)
⭐ À ne pas manquer :
- Chefs-d’œuvre de Caravage, Rubens, Van Dyck, Zurbarán
- Peinture génoise, italienne, flamande et espagnole des XVIe–XVIIIe siècles
- Sculptures, mobilier et arts décoratifs
- Façade baroque tardive et décors intérieurs du XVIIIe siècle
Palazzo Doria Tursi – Pouvoir, prestige et harmonie architecturale
Dernier palais de notre itinéraire, mais sans doute le plus imposant, le Palazzo Doria Tursi est une résidence qui domine la Via Garibaldi non seulement par ses dimensions, mais aussi par son importance historique.
Construit à partir de 1565 pour Niccolò Grimaldi, un banquier extrêmement influent surnommé il Monarca en raison de ses nombreux titres nobiliaires et de ses liens étroits avec la cour espagnole, ce palais est le seul de la Strada Nuova à avoir été édifié sur trois parcelles de terrain, ce qui a permis une conception architecturale d’une ampleur exceptionnelle.

Les architectes Domenico et Giovanni Ponzello, disciples de Galeazzo Alessi, ont imaginé une structure qui allie la monumentalité maniériste à une organisation intérieure ingénieuse : un vaste atrium, un escalier monumental et une cour intérieure surélevée, créant un jeu spectaculaire de lumière et de perspective. La façade, l’une des plus longues de la rue, est décorée d’alternances de pierre rose de Finale Ligure, d’ardoise noire et de marbre blanc de Carrare, dans une composition chromatique d’une rare élégance. Au-dessus des fenêtres, des grotesques sculptés – des masques aux traits animaux – ajoutent une touche de théâtralité discrète.
En 1597, le palais fut acquis par Giovanni Andrea Doria, qui l’offrit à son fils Carlo, duc de Tursi – d’où son nom actuel. Plus tard, en 1820, il fut acheté par Victor-Emmanuel Ier de Sardaigne, puis devint en 1848 le siège de la Mairie de Gênes, fonction qu’il occupe encore aujourd’hui.
L’intérieur du palais reflète l’apogée du raffinement génois. Les salons sont décorés de fresques, de stucs et de mobilier d’époque, et certaines œuvres exposées proviennent de la collection du Palazzo Bianco. Un espace particulier est dédié à la mémoire de Niccolò Paganini, le plus célèbre fils de la ville. On y trouve son légendaire violon, Il Cannone, fabriqué par Guarneri del Gesù – un instrument devenu symbole de virtuosité et de passion musicale.

Une légende locale raconte que Paganini, connu pour son tempérament énigmatique, aurait refusé de jouer dans les salons du palais, jugeant l’acoustique « trop parfaite » pour exprimer la souffrance humaine. On dit que, lors des nuits silencieuses, on entend parfois les sons d’un violon s’échapper de la salle où l’instrument est exposé – un souvenir spectral du génie qui a redéfini la musique du XIXe siècle.
La visite du Palazzo Doria Tursi n’est pas seulement une plongée dans l’histoire d’une famille ou d’une ville, mais une expérience complète de ce que signifie le pouvoir exprimé à travers l’architecture, l’art et la mémoire. C’est un lieu où Gênes affirme son identité avec dignité et sobriété – sans ostentation, mais avec une force indéniable.
🎟️ Informations pratiques – Palazzo Doria Tursi
🕘 Horaires :
- Mardi–Vendredi : 09h00 – 19h00
- Samedi–Dimanche : 10h00 – 19h30
- Lundi : Fermé
💰 Tarifs :
- Billet individuel : environ 9 €
- Billet combiné (Palazzo Doria Tursi + Rosso + Bianco) : 12 €
- Gratuit pour les visiteurs de moins de 18 ans et le premier dimanche de chaque mois
⭐ À ne pas manquer :
- Le violon Il Cannone de Niccolò Paganini
- Architecture maniériste et façade en marbre, ardoise et pierre rose
- Mobilier, tapisseries et arts décoratifs des XVIIe–XIXe siècles
- Salons officiels et cour intérieure suspendue
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