Cinq semaines, trois pays et quelques préjugés balayés

Il y a quelques jours, nous avons terminé notre voyage de cinq semaines à travers la France et la Suisse.

Dans l’ensemble, ces vacances ont été une belle réussite. Nous avons découvert une multitude d’endroits magnifiques et, grâce à George — notre spécialiste attitré des échanges avec les habitants — nous sommes même rentrés à la maison avec quelques nouveaux amis. Bien sûr, tout n’a pas été parfait. Certains logements que nous avions loués nous ont causé un stress dont nous nous serions bien passés. Mais après tout, c’est aussi cela, le voyage : tout ne se déroule pas toujours comme prévu.

Malgré ces petits désagréments, nous sommes revenus avec de merveilleux souvenirs et le plaisir d’avoir découvert des lieux exceptionnels et rencontré des personnes remarquables.

La France

La France est un pays magnifique, dont les paysages passent des collines aux montagnes, des plaines aux grands fleuves, comme dans un atlas de géographie parfaitement illustré.

Nous avons rencontré des gens chaleureux et polis — et je parle ici des Français de souche, non des immigrés arrivés au cours des trente ou quarante dernières années — et leur histoire impressionnante, ancienne, dense et fascinante, fait partie des raisons qui nous avaient donné envie de venir.

La France a une façon bien à elle de se révéler au voyageur. Elle n’est pas seulement belle : elle est spectaculaire de mille façons différentes.

Les Alpes et les Pyrénées donnent l’impression d’avoir changé de monde, avec leurs sommets majestueux, leurs lacs glaciaires et leurs villages accrochés à la montagne.

Les douces collines de Bourgogne, du Périgord ou de Provence ressemblent à des vagues verdoyantes couvertes de vignobles, de champs de lavande et de villages médiévaux surgissant exactement là où on les espère.

Les vastes plaines du nord et du centre du pays sont paisibles et ordonnées, ponctuées de vieilles fermes et de routes qui semblent avoir été tracées à la règle.

Quant aux grands cours d’eau — la Loire, le Rhône, la Seine ou la Garonne — ils constituent de véritables artères de la vie française. Le long de leurs rives, on découvre des châteaux, des villes élégantes, des ponts historiques et une atmosphère qui invite naturellement à ralentir le rythme.

La France semble entretenir une relation presque instinctive avec son territoire : routes bien entretenues, villages impeccables, champs cultivés avec soin, parcs et jardins toujours parfaitement entretenus. Que l’on se trouve dans un petit village perdu ou dans une grande ville, on retrouve partout cette même attention aux détails.

Partout où nous sommes allés, les gens se sont montrés ouverts, accueillants et prêts à partager leurs conseils, leurs recommandations ou leurs histoires. Ils éprouvent une véritable fierté pour leur région, leurs traditions et leur gastronomie, et ils la partagent volontiers avec les visiteurs.

La France n’a pas besoin de prouver qu’elle possède une histoire exceptionnelle. On la retrouve dans ses châteaux, ses cathédrales, ses fortifications, ses villages médiévaux, ses musées, ses vieux ponts et même dans le nom de ses rues. C’est un pays où le passé n’est pas un simple décor, mais une partie vivante du paysage.

Avant d’avoir l’occasion de connaître la France un peu mieux, j’avais moi aussi le stéréotype classique sur les Français : un peu arrogants, un peu sûrs d’eux et convaincus que le reste du monde avait quelques leçons à apprendre d’eux. Après cinq semaines passées sur place, j’ai pourtant commencé à les comprendre davantage.

Quand on vit dans un pays qui possède de tels paysages, une histoire aussi riche, une culture aussi vivante et une gastronomie aussi réputée, il est difficile de ne pas en être fier. La France a vraiment quelque chose de spécial. Partout où nous allions, nous découvrions un village digne d’une carte postale, un château impressionnant, une cathédrale vieille de plusieurs siècles ou un panorama qui nous donnait envie de nous arrêter quelques minutes simplement pour l’admirer.

Après cette expérience, beaucoup des idées préconçues avec lesquelles j’étais partie se sont évaporées. À leur place, il me reste un profond respect pour ce que les Français ont réussi à construire, à préserver et à transmettre au fil des siècles. Et je dois reconnaître qu’après avoir vu tout cela de mes propres yeux, il m’est difficile de leur reprocher d’être fiers de leur pays.

Il y a toutefois une chose que j’ai comprise après ces cinq semaines : Paris n’est pas la France. Ou, plus exactement, Paris n’est qu’un des nombreux visages de la France. Il est facile de confondre les deux, surtout si l’on découvre le pays uniquement à travers sa capitale. Mais après avoir parcouru plusieurs régions, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir affaire à des mondes différents.

Paris possède indéniablement son propre charme. Plus d’une fois, j’ai eu le sentiment que Paris constituait un univers à part entière plutôt qu’un reflet fidèle du reste du pays. La ville est spectaculaire, vibrante et pleine de vie, mais aussi extrêmement fatigante.

La foule ne disparaît jamais vraiment et les transports en commun ressemblent à une forme de chaos organisé : des dizaines de lignes de métro, des autobus surgissant de partout, des voitures qui klaxonnent sans arrêt et des gens qui semblent ne jamais avoir une seconde de patience. Le rythme de la ville donne parfois l’impression que toute la planète s’y est donné rendez-vous en même temps. Chacun court quelque part, chacun est absorbé par ses propres affaires, chacun contribue à cette énergie ininterrompue qui ne semble jamais s’éteindre, même à quatre heures du matin. Littéralement. Nous l’avons vérifié par nous-mêmes.

Je dois également admettre que j’ai commis une erreur de débutante. Je ne me suis pas suffisamment renseignée avant de réserver notre appartement à Paris et je n’ai pas pris le temps de me documenter sur les différents arrondissements : ceux où il vaut mieux séjourner et ceux qu’il est préférable d’éviter. J’ai surtout choisi en fonction du prix et des photos. J’ai découvert par la suite que l’emplacement est absolument essentiel dans une ville aussi vaste, où les différences entre quartiers peuvent être énormes. Leçon retenue pour la prochaine fois.

En revanche, dès que l’on s’éloigne de la capitale, le décor change presque instantanément. Les villes et les villages deviennent plus calmes, plus soignés, plus fleuris et plus colorés. La vie y suit un rythme plus doux, et les gens semblent toujours avoir le temps pour un sourire, une recommandation ou une petite conversation, même lorsque votre français est loin d’être parfait.

C’est là que j’ai découvert la France qui m’a véritablement séduite. Non pas celle des monuments célèbres et des attractions touristiques figurant sur toutes les cartes postales, mais celle des villages pittoresques, des champs de blé parsemés de coquelicots, des routes qui serpentent à travers des paysages magnifiques et des endroits où le temps semble s’écouler un peu plus lentement. C’est une beauté discrète. Elle ne cherche pas à impressionner et ne ressent pas le besoin de mettre ses atouts en avant. Elle existe tout simplement. Et c’est précisément cette authenticité qui vous fait tomber amoureux du pays presque sans vous en rendre compte.

Monaco

Je ne peux pas dire grand-chose sur Monaco, puisque nous n’y avons passé qu’une seule journée. C’était suffisant pour me faire une première impression, mais pas assez pour découvrir le lieu en profondeur.

J’ai beaucoup aimé. Les paysages sont magnifiques, la combinaison de la mer et des falaises plongeant vers la côte est spectaculaire, et la ville possède cette élégance soignée qui vous donne envie de vous arrêter à chaque coin de rue pour regarder autour de vous.

Ce qui m’a le plus surprise, cependant, ce sont les prix. Je m’attendais à ce que Monaco soit absurdement cher, peut-être même plus cher que la Suisse. D’après ce que nous avons vu, du moins dans les magasins et les restaurants situés près de la plage, ce n’était pas du tout le cas. Les prix m’ont semblé comparables à ceux de la France et, dans bien des cas, plus abordables que ceux que nous avons rencontrés en Suisse.

Bien sûr, nous n’avons pas eu le temps d’explorer les boutiques de luxe ni le marché immobilier — là, l’histoire aurait probablement été tout autre. Je parle simplement de l’expérience d’une touriste qui s’est promenée, a mangé au restaurant et a acheté quelques articles du quotidien.

Honnêtement, l’une des plus grandes surprises du voyage a été de découvrir que Monaco, symbole du luxe et de la richesse pour beaucoup d’entre nous, m’a paru plus abordable que la Suisse et même que Saint-Tropez. Si quelqu’un m’avait dit cela avant mon départ, je ne l’aurais probablement pas cru. 😄

La Suisse

La Suisse est restée exactement aussi merveilleuse que dans mes souvenirs de l’an dernier, lorsque nous faisions des escapades d’une journée depuis Milan. C’est sans aucun doute l’un des plus beaux endroits que j’aie jamais vus. Tout semble sorti d’une carte postale : des montagnes spectaculaires, des lacs d’un bleu presque irréel, des villages impeccables et des paysages qui vous obligent à vous arrêter tous les quelques kilomètres pour prendre une photo.

Mais il y a aussi l’envers du décor : la Suisse est incroyablement chère.

Beaucoup d’Européens ne comprendront peut-être pas ce que je veux dire, mais mon point de comparaison reste le Canada, où je vis depuis plus de trente ans. Par rapport aux prix auxquels je suis habituée chez moi, la Suisse m’a semblé franchement choquante. J’ai constamment eu l’impression que presque tout coûtait deux ou trois fois plus cher qu’au Canada.

Il y a quelques jours à peine, l’essence coûtait 1,99 franc suisse le litre, une bouteille d’eau de deux litres environ 2 francs chez Migros, et la montée au Jungfraujoch – Top of Europe nous a coûté 120 francs suisses par personne. Même les achats les plus banals vous rappellent rapidement où vous vous trouvez : un sandwich baguette qui coûte 8 à 10 euros en France coûte à peu près la même chose en Suisse, sauf que le prix est affiché en francs suisses.

Le problème n’est pas tant le prix d’un produit en particulier. Le problème commence lorsque l’on additionne tout : l’hébergement, les repas, l’essence, les stationnements, les téléphériques, les trains, les cafés et les petites collations achetées au passage. À la fin de la journée, la facture grimpe à une vitesse impressionnante.

Honnêtement, je suis encore sous le choc du montant que nous avons dépensé en seulement quelques jours.

Je ne comprends toujours pas comment les habitants parviennent à vivre avec un coût de la vie aussi élevé. Évidemment, les salaires doivent être à la hauteur, autrement le système ne fonctionnerait pas. Mais en comparant avec les prix auxquels je suis habituée au Canada, la Suisse est de loin le pays le plus cher que j’aie visité.

Et pourtant, je dois reconnaître une chose : quand on regarde autour de soi et que l’on voit ces paysages presque irréels, on comprend pourquoi tant de gens rêvent d’y venir.

Le portefeuille souffre, mais les yeux sont comblés à chaque instant. 😄

Les gens et leurs habitudes

L’une des différences que j’ai remarquées presque immédiatement concernait les Français et les Suisses.

Les Français, surtout ceux qui vivent en dehors des grandes villes, sont étonnamment bavards. Et si vous avez George avec vous — un homme capable d’entamer une conversation avec pratiquement n’importe quel être vivant — il y a de fortes chances que vous repartiez avec quelques nouveaux amis.

Les Suisses sont différents. Plus réservés, plus discrets, plus… comme moi. Ils sont extrêmement polis, respectueux et courtois, mais sans ressentir le besoin de transformer chaque interaction en conversation. On a l’impression qu’ils ne veulent surtout pas vous déranger et qu’ils attendent de vous la même considération. Si les Français semblent fonctionner selon le principe « discutons un peu », les Suisses paraissent plutôt préférer « bonjour, merci, bonne journée ».

Je ne dis pas que l’un est meilleur que l’autre ; ils sont simplement différents. Personnellement, je me suis reconnue assez facilement dans le style suisse. Cela dit, je dois admettre que la spontanéité et la chaleur des Français nous ont offert quelques rencontres et conversations que nous n’oublierons pas de sitôt.

Les maisons

Une autre différence qui m’a sauté aux yeux concernait les habitations françaises et suisses.

En France, beaucoup de maisons ont du caractère. Elles sont colorées, ornées de fleurs, dotées de volets en bois et de petites imperfections qui ajoutent à leur charme. On a l’impression que chaque maison raconte une histoire et que ses propriétaires ont laissé leur empreinte au fil des générations. Elles ne sont pas toujours parfaites, mais elles paraissent accueillantes et pleines de vie.

En Suisse, l’impression était presque opposée. Les maisons sont propres, ordonnées et impeccablement entretenues, mais aussi beaucoup plus sobres. J’ai été surprise de voir moins de fleurs et de jardins spectaculaires que ce à quoi je m’attendais. En revanche, j’ai remarqué une grande attention portée à la fonctionnalité et à l’entretien. Tout semble parfaitement organisé, sans extravagance ni volonté particulière d’attirer l’attention.

Si je devais résumer cela en une seule phrase, je dirais que les maisons françaises m’ont paru plus chaleureuses et pleines de personnalité, tandis que les maisons suisses m’ont semblé plus ordonnées et plus réservées. Exactement comme les gens qui y vivent. 😊

La mode

Un autre stéréotype que j’avais avant d’arriver en France concernait l’élégance légendaire des Françaises. J’avoue que je m’attendais à voir dans les rues de Paris des femmes impeccablement habillées, portant des tenues soigneusement choisies et arborant ce fameux style chic dont parlent tous les magazines.

La réalité a été un peu différente.

La vague de chaleur que nous avons traversée y est peut-être pour quelque chose, mais, honnêtement, je n’ai pas vu grand-chose de cette coquetterie légendaire. Au contraire, la plupart des femmes que j’ai observées étaient habillées de façon très simple et pratique. Ce qui m’a le plus surprise, c’est la discrétion du maquillage. Souvent, il semblait se limiter à un peu de rouge à lèvres et de mascara — quand il y en avait. Cela ne veut pas dire que les gens étaient négligés. Bien au contraire. Tout paraissait très naturel et sans effort.

Pour être honnête, j’ai eu l’impression que les influenceurs et les réseaux sociaux nous avaient vendu une version beaucoup plus glamour de la Française que celle que j’ai rencontrée dans la réalité. Ce qui m’a frappée, c’est justement l’absence totale d’ostentation. Je n’ai que rarement croisé l’image de la Parisienne parfaitement coiffée et apprêtée que l’on voit dans les magazines ou sur Instagram. La plupart des femmes que j’ai observées étaient habillées simplement, avec peu ou pas de maquillage. L’élégance existait bel et bien, mais elle était subtile et loin d’être ostentatoire.

Paradoxalement, je crois que c’est précisément là que réside la différence entre le mythe et la réalité. L’élégance que nous associons à la France ne semble pas provenir du luxe ou d’une volonté d’impressionner les autres, mais plutôt de la simplicité et de l’absence d’excès. Même ainsi, je dois reconnaître que le Paris réel était assez différent du Paris que j’avais imaginé avant d’y mettre les pieds. 😊

En Suisse, mon impression a été assez semblable. Si la France m’a frappée par son naturel, la Suisse m’a surprise par le peu d’intérêt apparent des gens pour la mode et l’importance qu’ils accordent au confort.

Peut-être était-ce à cause de la chaleur étouffante qui régnait pendant notre séjour, mais j’avais l’impression que tout le monde était habillé pour partir en randonnée, faire du vélo ou passer la journée en plein air. Beaucoup de vêtements de sport, de chaussures confortables et de tenues pratiques, sans aucune recherche particulière.

À Berne, la surprise a été encore plus grande. Comme les températures dépassaient largement le seuil du confort, une foule de personnes se promenaient en maillot de bain ou une serviette sur l’épaule, en direction de l’Aar. Au début, j’ai cru qu’il y avait une compétition sportive ou un événement particulier. Puis j’ai compris que, pour les habitants, c’était parfaitement normal : ils sautent dans la rivière et se laissent porter par le courant à travers la ville. C’est l’une de ces images qu’on n’oublie pas facilement : des gens quittant le bureau pour aller faire leur petite « promenade » de fin de journée… sur une rivière. 😄

Conclusion

Dans l’ensemble, nous avons adoré ce voyage.

Nous avons découvert des endroits extraordinaires, rencontré des personnes intéressantes, accumulé de merveilleux souvenirs et tiré quelques leçons utiles pour nos prochaines aventures. Il y a eu aussi des moments de stress, des logements qui ont mis notre patience à l’épreuve et des journées où la chaleur nous a fait nous demander à qui appartenait l’idée géniale de cet itinéraire.

Mais au final, cela en valait largement la peine.

Malgré tout, il y a un sentiment que je ressens après chaque long voyage : la joie de rentrer chez moi.

Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi, mais chaque fois que je reviens au Canada, je réalise à quel point nous y sommes bien. Bien sûr, le Canada a ses problèmes. Bien sûr, nous nous plaignons de beaucoup de choses. Mais après avoir passé plusieurs semaines ailleurs, on finit par regarder son propre pays avec un regard différent. Les petites irritations du quotidien paraissent soudain beaucoup moins importantes.

En fait, le moment où j’ai vraiment senti que les vacances étaient terminées, c’était au contrôle frontalier de l’aéroport. Quand j’ai vu les agents des services frontaliers canadiens, j’ai presque eu envie de les prendre dans mes bras. Je me suis retenue, évidemment — je n’étais pas certaine qu’ils apprécieraient le geste. 😄Je leur ai quand même dit que j’étais heureuse d’être rentrée à la maison. L’un d’eux m’a fait un clin d’œil en souriant, signe qu’il comprenait parfaitement ce que je voulais dire.

La France et la Suisse étaient magnifiques, et j’y retournerais volontiers n’importe quand.

Mais au bout du compte, rien ne vaut ce sentiment que l’on éprouve lorsqu’on ouvre la porte de chez soi et qu’on se dit : « Ça y est. Je suis chez moi. » ❤️


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