Aujourd’hui a encore été une journée bien remplie, même si nos organismes continuent d’ignorer le fuseau horaire parisien. Nous nous sommes réveillés entre 3 h et 4 h du matin, parfaitement reposés et prêts à partir, comme si l’heure était tout à fait normale.
En même temps, nous avons découvert une habitude locale difficile à comprendre pour des Nord‑Américains : les terrasses restent ouvertes — et bruyantes — jusqu’à 3 h du matin. Je connais l’heure exacte parce qu’il y en a une juste sous notre fenêtre, et les conversations n’ont cessé qu’au moment de la fermeture.
En écoutant le bruit d’en bas, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander, très pragmatiquement, si ces gens n’avaient pas de maison, s’ils ne ressentaient pas le besoin de dormir ou s’ils n’avaient rien de prévu le lendemain. Des questions parfaitement normales quand on est éveillé à des heures où la ville devrait être calme. Et je dois admettre que la partie la plus rigide de moi — celle avec environ 4 % de gènes allemands — a réagi immédiatement. Le manque de rigueur et d’efficacité des locaux contraste fortement avec ma préférence pour l’ordre et la discipline. Mais Paris fonctionne selon ses propres règles, et nous essayons de nous y adapter, même si pour l’instant nous le faisons encore en étant fatigués.
Nous avons commencé la journée par la Sainte‑Chapelle, mais avant d’y arriver, nous avions déjà coché une petite aventure urbaine. Nous avons acheté quelques tickets de métro, les avons chargés rapidement — un système simple, efficace, sans trop de philosophie — puis nous sommes partis vers le centre‑ville.
En chemin, Paris nous a détournés à sa manière habituelle. Entre les bâtiments, presque sans nous en rendre compte, nous nous sommes retrouvés devant la Tour Saint‑Jacques, une tour gothique qui semble être restée debout uniquement pour rappeler que cette ville a plus de vies qu’un roman historique. Évidemment, nous nous sommes arrêtés. Impossible de passer devant sans lever les yeux.

Son histoire est surprenante : c’est le seul vestige d’une église médiévale démolie pendant la Révolution française, un point de départ pour les pèlerins en route vers Saint‑Jacques‑de‑Compostelle, et pendant un siècle, un lieu utilisé pour des expériences scientifiques. Un mélange de spiritualité, d’histoire et d’ingénierie, tout dans une seule tour. Elle est le dernier vestige de l’ancienne église Saint‑Jacques‑de‑la‑Boucherie, conservée uniquement parce que la loi obligeait l’acheteur à ne pas la démolir. Aujourd’hui, elle marque l’un des points de départ des pèlerins et constitue un repère historique important au cœur de Paris. Nous l’avons observée quelques minutes, puis avons poursuivi notre chemin vers la Sainte‑Chapelle.
De là, nous avons traversé le Pont au Change, d’où nous pouvions voir l’extérieur de la Conciergerie, mais nous ne nous sommes pas arrêtés et avons continué directement vers l’entrée de la Sainte‑Chapelle.

Devant, il y avait une file d’attente considérable, et même si nous avions réservé nos billets à l’avance, nous avons tout de même dû patienter environ 45 minutes avant d’entrer. Un retard notable, mais l’expérience à l’intérieur a largement compensé le temps passé dans la queue.
La chapelle n’impressionne pas par sa taille, mais par l’intensité de sa lumière et de ses couleurs. C’est un espace conçu davantage pour élever le regard que pour le reposer.
La Sainte‑Chapelle a été construite au XIIIᵉ siècle, en seulement sept ans, sur ordre de Saint Louis. Son objectif était très précis : abriter les reliques de la Passion du Christ, en particulier la Couronne d’Épines, pour laquelle le roi a payé une somme bien supérieure au coût de la chapelle elle‑même. En somme, l’édifice a été pensé comme un reliquaire monumental, une sorte d’écrin gothique destiné à mettre en valeur ce qu’il contenait.

Aujourd’hui, les reliques ne s’y trouvent plus — elles ont été déplacées après la Révolution française — mais la chapelle reste un exemple unique d’architecture gothique « haute et élancée », construite pour la lumière.
L’étage supérieur est entouré de 15 immenses fenêtres, chacune dépassant les 15 mètres de hauteur. Au total, on compte 1 113 panneaux de vitraux, représentant des épisodes de la Bible, de la Genèse à la Passion du Christ. Les murs sont presque entièrement en verre, la structure de pierre n’étant qu’un support discret.
Ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat de restaurations massives. Les vitraux ont été endommagés par des incendies, par la Révolution, par la pollution et même par la respiration des visiteurs — plus d’un million par an. À partir de 2008, ils ont fait l’objet d’un processus minutieux de nettoyage et de restauration, panneau par panneau, comme un immense puzzle de verre coloré.

La chapelle a survécu aux incendies, à la négligence et a même failli être démolie au XIXᵉ siècle. Elle a été sauvée in extremis et restaurée pour retrouver son apparence d’origine. Aujourd’hui, elle est l’un des monuments les plus visités de Paris — et à juste titre.
L’intérieur supérieur est si lumineux qu’on a l’impression que les murs disparaissent. Tout devient un bain de couleurs — rouge, bleu, violet, or — qui changent selon l’heure de la journée. Ce n’est pas un lieu que l’on visite, mais un lieu que l’on vit.
Après cette visite importante, nous sommes partis à la recherche d’un endroit pour déjeuner, car nous avions sauté le petit‑déjeuner — sans perdre grand‑chose, à vrai dire. Du moins, pas selon mes critères. Ici, comme en Italie, le matin est un festival du sucre : croissants, pains au chocolat et autres douceurs qui font grimper la glycémie rien qu’en les regardant. Évidemment, le concept de petit‑déjeuner balkanique — œufs, tomates, fromage, pain, jambon — semble être un mythe urbain pour les Français. Donc, pour notre bien et celui de notre pancréas, je pense que nous continuerons à ignorer le « petit‑déjeuner local » et à attendre directement le déjeuner. Au moins, là, il y a une chance réelle de trouver quelque chose qui ne soit pas composé à 90 % de beurre et à 10 % de sucre.
À midi, l’offre culinaire devient beaucoup plus variée. J’ai choisi une salade française avec blanc de poulet, œufs durs, croûtons et parmesan — absolument délicieuse. Elle ressemble à une Caesar salad, mais en version nettement améliorée. Anna a commandé un Croque‑madame, c’est‑à‑dire du pain grillé avec un œuf au plat, quelques feuilles de salade et une excellente sauce béchamel. Et George nous regardait avec envie, car il jeûne jusqu’à 14 h. Pas pour des raisons religieuses — il veut perdre du poids. Ce qui est tout à fait possible ici, étant donné qu’il marche environ 20 km par jour.
Après le déjeuner, nous nous sommes dirigés vers la Conciergerie. C’est l’un de ces lieux qui surprennent : il commence comme un palais royal étincelant et se termine comme une prison sombre, chargée d’histoires. Ici, au cœur de l’Île de la Cité, les rois de France avaient leur résidence au Moyen Âge, puis, pendant la Révolution, le bâtiment est devenu « l’antichambre de la mort », où des milliers de personnes — dont Marie‑Antoinette — attendaient leur sentence. Aujourd’hui, c’est un mélange fascinant de gothique royal et d’histoire brutale, un lieu où chaque pierre semble porter un témoignage.
Quand on arrive à la Conciergerie, il est impossible de ne pas sentir le poids de l’histoire. Les murs gothiques, la lumière froide, le silence pesant — tout donne l’impression que les tombes de ceux qui ont souffert ici pourraient s’y trouver. Mais la vérité est autre : la Conciergerie n’est pas un lieu d’enterrement, mais le dernier chapitre de la souffrance.

Marie‑Antoinette n’a jamais été enterrée ici. Après son exécution en 1793, son corps a été jeté dans une fosse commune au cimetière de la Madeleine. Ce n’est qu’après la Restauration, en 1815, que ses restes ont été récupérés et transférés à la basilique Saint‑Denis, la nécropole traditionnelle des rois de France.

Louis XVI a connu le même sort : fosse commune, puis transfert à Saint‑Denis, où il repose aujourd’hui aux côtés de son épouse.

Louis‑Charles, le « petit roi » Louis XVII, a l’histoire la plus tragique. Il est mort à seulement 10 ans, dans la prison du Temple, et a lui aussi été enterré dans une fosse commune. Ses restes n’ont jamais été identifiés avec certitude. La seule chose conservée est son cœur, récupéré par le médecin qui a pratiqué l’autopsie. Après une histoire digne d’un roman — volé, perdu, retrouvé — le cœur repose aujourd’hui dans une urne de cristal à Saint‑Denis, près de ses parents.
Après avoir quitté la chapelle expiatoire de la Conciergerie — un lieu qui pèse inévitablement sur l’âme — nous sommes retournés dans notre petit « nid » du ghetto. Surprise : Booking.com nous rembourse ! C’est déjà ça. Maintenant commence la partie vraiment palpitante : trouver un logement décent à Paris, en pleine saison, quand la ville déborde de touristes. Que la « chasse » commence.
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